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    Juillet 2018

    Jacques Belin. Préparation de l'aire pour le battage. Imilchil. Circa 1930

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Besancenot. Jean

Besancenot
(1902-1992)
Une photographie de Jean Besancenot prise au Musée des Arts africains et océaniens en 1937 souligne le lien entre le jeune ethnologue, peintre, photographe et l’évolution de l’ethnologie française, inspirée par Paul Rivet (1876 -1958) et Marcel Mauss ( 1872-1950).
Ces deux hommes eurent un rôle fondamental au cœur de l’ethnologie française du début du XXè siècle. Rivet accomplit de nombreuses missions d’étude et de collecte en Equateur, au Vietnam. Pour lui, intellectuel engagé, l’ethnologie était un outil essentiel pour donner naissance à un humanisme. Il fut le fondateur du Musée de l’Homme. Rivet avait compris que la photographie permettait de situer dans leur contexte les objets, mais, bien au delà, en organisant avec Georges-Henri Rivière neuf expositions importantes de 1933 à 1935, le musée soulignait que l’enjeu de ces expositions dépassait le document. Les photographies étaient présentées comme l’oeuvre des photographes, aussi importantes que les sujets photographiés. Dans son cours « Eléments d’ethnologie muséale », Marcel Mauss souligna l’importance de la préservation des archives photographiques.

En 1933, la première exposition s’intitula « Kafiristan », des photographies de Burnier. En 1934, Pierre Verger présenta une série « Polynésie », photographies « prises avec autant de souci documentaire que réalisées avec art ». René Zuber présenta « En Crête sans les dieux », en 1935. Zuber était le créateur du «studio Zuber » en 1931, où se retrouvèrent des personnalités importantes, dont Maria Eisner : tous membres d’Alliance Photo. En 1938, on montra les photographies de Thérèse Rivière (1901-1970), qui était allée dans les Aurès fortement soutenue par Marcel Mauss et Georges-Henri Rivière, son frère. La photographie devenait un choix méthodologique d’enquête sur le terrain dans l’accompagnement des muses. L’enjeu esthétique était aussi évident que l’information scientifique. C’est la dimension artistique qui est alors introduite au musée.
Paul Rivet et Georges-Henri Rivière eurent fortement conscience de l’évolution de la photographie, tant avec les agences de presse qu’en tant qu’expression artistique. Lorsque Georges-Henri Rivière décida de présenter en permanence des photographies dans les salles d’exposition du Musée de l’Homme, une nombreuse correspondance confirme les liens avec Maria Eisner, Denise Bellon, Pierre Boucher, René Zuber et Pierre Verger, tous photographes d’Alliance Photo.
On comprend ainsi mieux les travaux de Jean Besancenot. Il connaissait les travaux de Pierre Verger ou d’Henri Steiner. La revue « Voilà, hebdomadaire du reportage », diffusait les reportages.
Les photographies montrant Besancenot au Maroc, ainsi l’image où on le voit avec le caïd Daoud, montrent le type de relations qu’il entretint avec les sujets photographiées. Si l’image est riche d’informations « ethnologiques », elle se qualifie aussi comme geste artistique.
Lorsque Besancenot arriva au Maroc en 1934, il filma de nombreuses scènes de la vie berbère juive avec Samuel Aaron Schulmann, dit Zédé Schulmann (1890-1981). Un livre fut publié sous le titre « La vie juive au Maroc » et les travaux montrés en Israël en 1973.
En 1945, Besancenot reçut une mission des autorités du protectorat au Maroc, pour étudier le folklore et l’artisanat. Le résultat de cette mission apparut dans les ouvrages « Bijoux arabes et berbères du Maroc » et « Costumes et types du Maroc ». Les œuvres furent exposées à Paris au Musée d’art africain et océanien en 1937.
Toute la photographie d’après guerre fut marquée par l’esprit du Musée de l’Homme et par Rivet et Rivière. Une esthétique commune anime ces œuvres photographiques, sans doute aussi une relation singulière entre la population et les photographes.
La « Suite de danses berbères » filmée par Serge Debecque pour le Studio Souissi et avec 16 photographies de Gabriel Gillet, sera dans le droit fil de cet héritage.
Les filiations se perpétuent : le jeune Daniel Chicault rencontra Besancenot à Rabat, qui lui suggéra d’aller dans le Haut Atlas filmer les Berbères.
L’œuvre de Jean Besancenot est aujourd’hui, pour l’essentiel, à l’Institut du Monde arabe à Paris. Les archives de la Maison de la Photographie de Marrakech possèdent aussi de nombreux tirages signés, patiemment collectionnés.
C’est ainsi tout un chapitre de l’histoire des idées au Maroc qui est donnée à ressentir dans l’oeuvre de Besancenot exposée à la Maison de la Photographie de Marrakech.
Patrick Manac’h & Hamid Mergani

Bibliographie
- Archives Besancenot : Institut du Monde arabe, Paris
- Anaïs Mauuarin, « De beaux documents pour l’ethnologie, expositions de photographies au musée d’Ethnographie du Trocadéro (1933-1935) », in Etudes photographiques, N° 33, 2015.
- « Les noces de sable », André Zwobada, film, 1948
- « Costumes du Maroc », éditions La Croisée des Chemins, 1942
- « Le Maroc en noir et blanc », Centre culturel judéo-marocain, Bruxelles, 2013