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    Décembre - December 2018

    Antonio Cavilla.Ruelle dans le Mellah, Tétouan. Circa 1880

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Coupole almoravide

La grande inscription qualifiée de souveraine, par Deverdun, au nom de l’émir des musulmans Ali b.Youssuf ne laisse subsister aucun doute sur la date de construction de la qoubba. La datation indique que le jeune souverain accordait une grande attention à l’embellissement de la ville où il venait de s’installer.
Les premières mosquées almoravides à Alger, Nédroma, Tlemcen, période de conquête de Yousuf b. Tâchfîn, avaient une grande sobriété. Mais avec le règne de son successeur, c’est une profusion artistique qui se manifesta, de Saragosse à Marrakech. Les sévères almohades mettront fin à cette effervescence et, en ce qui concerne la coupole, martelèrent lors de la prise de la ville en 1147, l’inscription de fondation, pour effacer si possible le souvenir du souverain détesté.
La qoubba faisait partie d’un ensemble religieux qui, destiné aux fidèles, associait la mosquée, le hammam, le réservoir, la fontaine, le bassin à ablutions, les latrines.
Le souverain, cultivé, entreprit une œuvre de construction monumentale. Les constructions privées dont le palais, mais aussi la mosquée, la muraille. Vers la fin de sa vie, le souverain consulta les astrologues et les juristes et décida la construction (1126-27) de l’immense muraille en pisé. La technique antique en était bien connue. De cette période date la transformation radicale de Marrakech de campement ouvert en centre urbain fermé au coeur d’un immense pays berbère de plus en plus hostile.
Le souverain comprenait les besoins en eau de la cité, mais l’eau n’existe pas sous forme de source à Marrakech. On creusa des puits dans la nappe phréatique, on pensa à amener l’eau de l’Ourika. La solution finalement choisie fut celle des khettaras, pratique connue en Mésopotamie et en Perse. Le système est constitué de puits de drainage reliés entre eux par une galerie souterraine qui amène l’eau par une pente douce vers les fontaines de la ville. Selon Idrisi c’est l’ingénieur Abd Allah b. Yunus qui conçut le système. Yunus, c’est à dire Jonas, ici « fils de Jonas » prénom porté par des chrétiens et des juifs convertis. Marrakech avait ainsi des fontaines, des citernes, mais aussi des jardins. On créa le grand jardin de la façade sud. Les ouvriers spécialistes de cette technique viennent depuis les débuts du versant méridional de l’Atlas. Ils ont toujours un quartier à Marrakech et un saint patron, Sidi Ahmad b. Kamil qui mourut à Marrakech en 1196.
Ali était le fils d’une esclave chrétienne d’Espagne nommée Qamar (Lune), qu’on appelait aussi « Plus que Parfaite ! ». Il était né en 1084-85 à Ceuta et avait reçu une éducation raffinée. Héritier présomptif du trône, sans doute grâce à l’aide de son frère Tamin, son père fatigué par le pouvoir le laissa intervenir dans les affaires de l’Etat. Dès l’âge de 23 ans, il fut reconnu prince des musulmans. L’homme était généreux, bon, juste, et s’entoura d’excellents collaborateurs. Sous son règne, les malékites établirent leur influence.
L’empire était riche et en paix, le trésor abondant. On édifia des bâtiments à la beauté jusqu’alors inconnue. La dynastie saharienne orna Marrakech. Il mourut en 1143.

A proximité de la mosquée, le souverain voulut un ensemble fournissant l’eau pour les hommes, les animaux et les ablutions. La construction d’une fontaine, du bassin et de sa coupole, était décidée. Autour du bassin des ablutions, il y avait des petites cabines où pouvaient s’isoler les fidèles. Ce qui fait le charme extraordinaire de ce lieu, c’est que le bassin était recouvert par une coupole, un kiosque selon le terme de M.G. Marçais. Ainsi les visiteurs étaient abrités du soleil et des intempéries. C’est à l’intérieur que se trouve la corniche épigraphique très mutilée, à la base du dôme nervé, qui indique le nom du fondateur. Cette écriture sera décrite plus loin. Le décor intérieur est extraordinaire, Gaston Deverdun écrira même « l’art de l’islam n’a jamais dépassé la splendeur de cette extraordinaire coupole ».

Mots clés: Almoravide, Almohades, quoubba, Youssuf Ibn Tachfin.