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    Avril 2018

    Boris Maslow. La Qubba almoravide, vue intérieure de la coupole. 1948

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Caïd.
1) Paul Pascon
2) Quentin Wilbaux
3) La politique des grands caïds
4) "Kitab Aâyan Al- Marhib 'l-Akça", "Esquisse générale des Moghrebs de la Genèse à nos jours et Livre des grands du Maroc", Marthe et Edmond Gouvion, Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris 1939. Nous mentionnons cet ouvrage essentiel pour les informations qu'il procure sur les grandes familles marocaines.

1) Paul Pascon
« Le caïdalisme, né en marge et simultanément à la pénétration coloniale, sans y puiser son idéal-type, correspond bien à une expression sociétale appartenant en propre à la formation sociale marocaine. Mais il n’a pu se développer qu’en réponse à l’affaiblissement du pouvoir central, consécutif à la domination coloniale elle-même. Et, partant du Haouz, la colonisation n’a pas trouvé d’autre solution que de reconnaître, puis de renforcer, enfin de tenter d’étendre la formule mise au point dans cette province, au Maroc tout entier. Constatons l’échec du caïdalisme au niveau de la formation sociale tout entière : jamais la société marocaine n’a été parfaitement caïdale ». In Paul Pascon. "Le Haouz de Marrakech"

2) Quentin Wilbaux
Marrakech possède encore quelques propriétés urbaines des grandes familles du XIXème siècle et du début du XXème siècle. Leurs riches demeures souvent délabrées ou divisées sous le coup des mutations importantes de la société, permettent de se faire une idée du raffinement de ces grands personnages. On connait généralement les noms des grands caïds de l’Atlas : Glaoui, M’Touggi, Goundafi. La ville garde les traces des Sektani, Layadi, Ouriki, des pachas, tels Ouarzazi ou Boucette, et des personnalités du makhzen, Menhebbi, Kurisi, ( derb Abib Allah, Mouassine ). In Quentin Wilbaux, "La Médina de Marrakech"

3) La politique des grands caïds. (1).
La politique des grands caïds fut définie comme la pierre angulaire de la stratégie coloniale de Lyautey : « Sur le front sud, nous continuerons à pratiquer la politique des Grands Caïds qui a fait ses preuves et qui nous permet presque sans effectif ni opération militaire, d’étendre progressivement notre influence et notre contrôle sur la plupart des régions de cette partie de l’empire chérifien qu’on peu classer dans le Maroc « utile ». (2) L’Atlas principalement constituait une zone géographique extrêmement difficile, une marche source d’instabilité permanente. Aussi, les féodaux furent confirmés dans leurs commandements, afin de maintenir les populations fondamentalement hostiles à la présence étrangère et que les troupes françaises n’avaient aucunement le moyen de réduire. En France, plusieurs personnalités critiquèrent cette option, jugée réactionnaire. En reconnaissant le pouvoir des grands féodaux, c’est tout les systèmes féodaux régionaux qui furent alourdis sur les populations : « Au lieu d’être des libérateurs du peuple, nous pactisons… avec les oppresseurs locaux, et nous nous faisons plus ou moins complices des pouvoirs locaux injustes et tyranniques ». (3).
Mais le pragmatisme de Lyautey constate que « leur retirer brutalement cette omnipotence, leur imposer sans ménagement un contrôle plus ou moins étroit, serait provoquer des désordres graves… En tout état de cause, nous ne pourrions alors garder et organiser les immenses territoires acquis à notre influence par le prestige de leurs noms et de leur puissance que par la mise en œuvre de moyens militaires considérables et d’ailleurs impossible à réaliser ». (4). Le pouvoir colonial central pouvait utiliser de nombreux outils : clientélisme, privilèges, reconnaissance de fait de zones de non-droit. On organisait des voyages en France dans le but de « faire visiter à la future élite sociale marocaine pour l’attacher à la puissance tutélaire, sorte de pèlerinage aux sources intellectuelles et artistiques de la civilisation française ». (5). Une sorte de Grand Tour à l’envers, en quelque sorte.
Notes:
1) Abdellah Ben Mlih : « Le protectorat français au Maroc, interaction de deux cultures », p. 13, in « Maroc, Mémoire d’avenir, 1912-1926…1999. Musée Albert-Kahn, Boulogne –Billancourt, 1999.
2) Espérandieu, Pierre : « Lyautey et le protectorat », Thèse de doctorat en droit. Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1947, p. 154.
3) Espérandieu, 1947, Op.cit., p. 102
4) « Rapport sur la situation politique et militaire du Maroc au 15 juin 1919 », in Espérandieu, Op.cit., p. 153.
5) Rivet, Daniel : Lyautey et l’institution du protectorat français au Maroc, 1912-1925. 3 tomes, Paris, L’Harmattan, 1996, tome 3, p. 243.


Illustration: P. Grébert, Phot, Casablanca. LE MAROC PITTORESQUE- EL BOROUDJ - le Caïd Bou-Haffa

Mots clés: Grébert, El Boroudj, caïd