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    Août 2018

    HENRI DE LA MARTINIÈRE ( 1859-1922 ). VOLUBILIS, 1888

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Gervais-Courtellemont, Jules Retour

Gervais-Courtellemont, Jules

1863-1931.

Photographe et éditeur, ami de Pierre Loti, d’Auguste Rodin, d’Albert Kahn. Il consacra l’essentiel de sa vie à parcourir le monde, et plus spécialement l’Orient. De ces nombreux voyages, il rassembla une importante collection de photographies, essentiellement des autochromes. C’est dans les années 1880, en Algérie, qu’il acquiert la pratique de la photographie, voyant par ce médium l’outil le plus adapté pour « reproduire fidèlement les splendeurs du passé et le pittoresque du présent ». De ce fait, il se lancera d’ailleurs dans la publication d’une revue à partir de 1889 ; L’Algérie artistique et pittoresque. La première découverte de l’Orient pour Jules Gervais-Courtellemont s’effectua quelques années plus tard, en 1893. De Paris à Jérusalem via Constantinople, il traversa les pays avec pour unique regret de ne pouvoir rapporter que des clichés en noir et blanc. Ainsi, dès la démonstration du procédé de l’autochrome par les frères Lumière en 1907, il entreprit immédiatement le même voyage avec son épouse , rapportant cette fois-ci les premières Visions d’Orient colorées. Face aux succès que remportèrent ses témoignages photographiques en couleurs, lui et sa femme entreprirent de parcourir le monde, afin de constituer une collection importante d’autochrome . Ils parcoururent l’Algérie (1911, 1912), la Tunisie (1911), le Maroc (1921), l’Espagne (1911, 1914), l’Italie et les Indes (1913), le Japon et le Tibet. Converti à l’Islam, Jules Gervais-Courtellemont ramena des photographies inédites de la Mecque en 1896, publiées dans L’Illustration en 1897. Jules Gervais-Courtellemont photographia également la Première Guerre Mondiale avec des scènes reconstituées dans les tranchées après-guerre, ainsi que des clichés sur les troupes coloniales. La majorité de l’œuvre photographique de Jules Gervais-Courtellemont est conservée à la Cinémathèque Robert-Lynen de la ville de Paris.

Les Visions d’Orient Dès son retour en France, à la suite de son deuxième voyage vers l’Orient en 1907, Jules-Gervais -Courtellemont eu la volonté de transmettre au public ses premières images autochromes. Sous le titre de Visions d’Orient, il organisa sa première « projection-conférence » en couleurs à l’Hôtel de l’Université des Annales en 1908. De 1908 à 1909, ses Visions d’Orient furent projetés chaque soir, salle Charras à Paris. La brochure publicitaire de cet événement traduit l’engouement du public pour ce photographe et ses premières images en couleurs ;

Grace à lui, nous verrons de notre fauteuil, défiler les prestigieux paysages remplis de chaudes lumière, que les immortelles pages de Loti ont célébrés, succession de clichés qui ont enregistré la féerie de ces colorations étranges et fugitives, si nouvelles à nos yeux d’Occident, suivis par les plaques sensibles à la couleur jusque après la disparition du soleil derrière l’horizon.

Face à ce succès, il entreprit avec sa femme de rassembler une collection d’autochromes plus importante sur le même sujet. Plus de 1 500 plaques de verre furent rassemblées à leur retour et alimentent ces Visions d’Orient.

L’amitié entre l’écrivain Pierre Loti et le photographe Jules Gervais-Courtellemont s’exprime clairement à travers ces autochromes. Ils partagèrent le même amour pour l’Orient et l’Islam , la même admiration pour Constantinople, source de leur inspiration. L’un l’exprimait par la force évocatrice de ces mots, l’autre par la magie des autochromes . Ces deux modes d’expressions fusionnèrent de temps à autre à l’occasion des conférences, les mots de Loti semblant être fait pour les autochromes de Courtellemont :

Les phrases que j’avais « coupées » de vos œuvres s’appliquaient si exactement, si mathématiquement à la vérité documentaire de mes petites images que le public enthousiaste soulignait de ses applaudissements la vérité « saisissante » de vos descriptions.

Les autochromes de Jules Gervais-Courtellemont n’eurent pas uniquement ses conférences comme support de diffusion. Le 26 novembre 1910, le magazine L’Illustration publia ses premières photographies couleurs, accompagnées de ses commentaires. Pour la première fois, le public vît dans la presse les toutes premières photographies en couleurs. Dès les premières lignes de l’article de Jules Gervais-Courtellemont, nous ressentons le regard d’un homme emprunt d’exotisme mais aussi très attaché à offrir des témoignages réalistes sur les pays qu’il traverse :

Les souvenirs un peu confus des contes qui ont bercé notre enfance ou charmé notre adolescence, vagues réminiscences de romans ou de légendes, ont peuplé nos esprits de « Visions d’Orient » dont les images se précisent en somptueux palais, blanches coupoles et fins minarets, cavaliers fougueux brandissant le cimeterre, palmiers élancés se découpant sur un ciel très bleue. L’Orient des Mille et une Nuits et des Croisades. Sur l’Orient d’aujourd’hui, infiniment plus prosaïque et de jour en jour plus modernisé, nous sommes peu ou mal renseignés. Les choses les plus contradictoires nous sont quotidiennement dites sur ces pays et ces peuples d’Islam dont la civilisation diffère totalement de la notre, dont les conceptions philosophiques et sociales, voire économiques, sont aux antipodes de ce que nous considérons comme des vérités. Ils méritent d’être mieux connus.
Jules Gervais-Courtellemont était qualifié de « maître artiste » par les critiques de l’époque. Les images regardées par l’homme d’aujourd’hui paraissent emblématiques d’une certaine idée de l’Orient, d’un exotisme mais aussi du regard d’un homme sincèrement attaché à décrire l’évolution sociale des pays traversés.

Illustration: J. G. Courtellemont. Intérieur d'une maison arabe
Mots clés: Jules Gervais-Courtellemont, autochrome